Francois Avril portrait

La Ligne Claire syncopée de François Avril

Graphiste élégant, François Avril est un des brillants auteurs de la Ligne Claire, ce mouvement créé par Joost Swarte en 1977. Il est à ce titre le compagnon de route de Floc’h, Ted Benoit et... d’Yves Chaland. Mais au fil des ans, sa ligne a joué une partition de plus en plus personnelle. Né en 1961 à Paris, François Avril fait partie de cette génération sidérée par la Ligne Claire. En 1980, quand Ted Benoit décide de faire muter son dessin issu de l’Underground en se rapprochant stylistiquement de celui d’Hergé, il le fait dans une œuvre-manifeste préfacée par Joost Swarte : Vers la Ligne Claire. François Avril a alors 19 ans. Il est foudroyé par le talent de Floc’h, de Ted Benoit et d’Yves Chaland qui le subjuguent par leur élégance.

De la publicité à la bande dessinée

Contrariant ses parents qui l’auraient bien vu dans une grande école commerciale, François s’est inscrit à l’Académie Roederer. Il s’inscrit aux Arts Appliqués dont il sort premier de sa promotion, il y croise Charles Berberian. En 1982, un concours lui permet de remporter, pour la réalisation d’une affiche de cinéma, un prix qui lui est remis par l’acteur américain Jerry Lewis à Cannes. Se destine-t-il à une carrière d’affichiste et de publicitaire? Pas vraiment. Il a découvert Métal Hurlant et toute une génération de créateurs qui l’influencent profondément : Yves Chaland mais aussi Serge Clerc, Loustal, Margerin
Il réalise ses premières bandes dessinées pour Je Bouquine, où la nouvelle création française de la BD s’était donné rendez-vous. Il y croise un certain… Yves Chaland. Le courant passe entre les deux hommes. L’auteur de Bob Fish est déjà le dessinateur le plus emblématique de sa génération. Il trouve chez ce jeune homme sérieux un disciple enjoué au regard incisif.
Cette rencontre est capitale, pas seulement parce qu’elle lui ouvre tout un réseau de relations professionnelles mais parce que les échanges quasi quotidiens avec le dessinateur de Freddy Lombard lui permettent de découvrir de nouveaux horizons artistiques : les illustrateurs français des années trente comme Gus Bofa et le groupe de l’Araignée ; les classiques américains; les grands classiques belges… et puis des méthodes de travail, car Chaland est un féru de la technique. En 1985, Avril s’associe à son camarade Berberian pour réaliser son premier livre : Sauve qui peut chez Carton. Berberian et Chaland le mènent vers les éditions Magic-Strip où il publie son premier album en solo, Doppelgänger SA.

Infléchissement

La fréquentation de Loustal, Jean-Claude Götting ou Philippe Petit-Roulet infléchit son style. Il se détache peu à peu de la Ligne Claire et sa mutation sera consommée avec la disparition d’Yves Chaland.
Il lui faudra bien un voyage à New-York avec Petit-Roulet pour apaiser sa détresse. L’énergie de la métropole américaine l’électrise et constitue un nouveau choc esthétique. Depuis, ses illustrations sont souvent rythmées par les blocs d’immeubles et les lignes Horizontales et verticales. Sa grande proximité avec un certain graphisme de Ligne Claire, que la publicité est en train d’user jusqu’à la corde, l’avait obligé à se radicaliser, son trait devient esquisse avec une liberté de ligne qui évoque les illustrateurs des années 1920. À la manière d’un Dufy, il dissocie la couleur du dessin. Il invite le blanc à dialoguer avec de larges taches colorées. Les personnages s’extirpent de l’anecdote, se perdent dans de larges paysages urbains arpégés de lignes, littéralement des codes-barres. On l’a compris : sa démarche devient de plus en plus picturale. Ses illustrations sont recherchées par la presse et la publicité. Et puis la peinture le sollicite de plus en plus. À chaque exposition, ses galeristes en redemandent. À ArtParis, en 2009, alors que la bande dessinée entre pour la première fois dans un Salon d’Art contemporain, il fait partie des rares artistes invités.
soir-paris.jpgIl ne se désintéresse pas de la bande dessinée pour autant puisqu’il réalise notamment Soirs de Paris avec Petit-Roulet, ou encore Le Chemin des 3 places avec Jean-Claude Götting. Mais il s’accomplit mieux dans l’illustration et s’accommode davantage des formats courts, d’où ses nombreuses collaborations à des ouvrages collectifs.
Lors de la grande exposition de Bruxelles de 2009, Regards croisés de la bande dessinée belge, il a réalisé aux côtés de Joost Swarte et d’Ever Meulen, les idoles de sa jeunesse, une longue fresque évoquant les grands classiques de la bande dessinée belge, non sans rendre un hommage, parmi d’autres, à Yves Chaland. En juin, à Bruxelles encore, une des sphères de l’Atomium lui sera consacrée dans le cadre d’une exposition sur le Style Atome.
Il sera présent pour la troisième année consécutive, à la Brussels Antiques and Fine Arts Fair, par une exposition sur le jazz, Jazz Session, à Vannes, une autre, Victoria Street, à la galerie Petits Papiers à Bruxelles et, bien entendu, les deux expositions dans le cadre des Rencontres Chaland de Nérac. On lui doit aussi, pour la deuxième année consécutive, l’identité visuelle de l’évènement Paris Plages qui court tout l’été 2012.

Didier Pasamonik


Dernier ouvrages parus:
Soirs de Paris, avec Philippe Petit Roulet. Réédition Les Humanoïdes Associés, 2012.
François Avril Artwork - editions du Chêne 2012

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Site officiel : www.francoisavril.com